Les campagnes de flibustes pour prendre l’abordage du barreau parisien relèvent des plus féroces aventures corsaires. Les enjeux financiers sont colossaux, quand on sait le patrimoine et le budget du barreau de Paris. Les enjeux d’ego le sont également quand on sait avec qui les élus futurs fricoteront demain. Mais cela vaut t’il les coups reçus et cela mérite t’il les coups donnés. Et que je te mets à plat et sur la place l’organisation professionnelle de tel candidat et de ses associés, avec tout ce qu’il existe de demi-mots, de semi-vérités et de non-dits suffisamment dosés pour instiller les mauvaises pensées et éviter les bons procès devant la 17ème chambre. Et que je te raconte les relations clientélistes de tel autre candidat avec l’organisme indépendant chargé de recevoir le scrutin des 23.162 avocats parisiens. Les candidats encaissent, ils tanguent. Ils ne coulent pas. Quelle force, quelle envie ! Mais quels enjeux ? …et quel spectacle. Mais quoi ? Pourquoi cette énergie (cette haine ?) dépensée par ces six candidats au bâtonnat (il y en avait neuf, puis deux invalidés, puis un qui est tout seul alors il ne compte pas, évidemment) pour se mettre absolument au service des 23.156 autres ? Servir le barreau de Paris est évidemment un enjeu vital qui rend nécessaire de renier les principes qui gouvernent la profession d’avocat. Certes nous, les non-candidats, comme donzelle frémissant entre mâles dominants se disputant la coucherie, sommes heureux de susciter collectivement toutes ces attentions particulières, de recevoir toutes ces invitations à d’excellents cocktails (rhôôoo ouaiii il y en avait des bons !). Mais je suis pas naïf, je sais bien que ces adulations sont temporaires et, une fois le coup parti (le vote, pardon), je n’existerai plus. Se faire courtiser tous les deux ans, seulement, c’est pô riche ! I have a dream of un bâtonnier barrant le barreau mais qui continuerait à avoir envie de moi pendant tout son bâtonnat. Mais je sais aussi que le tout à l’ego lui fera oublier toutes les poubelles dans lesquelles il s’est roulé pendant la campagne pour attraper mon vote. Aura-t-il encore envie de moi, dès qu’il aura eu ce qu’il voulait. Dis donc, le candidat ! Si tu prends le bateau, tu prends les moussaillons qui sont dessus, et tu t’occupe d’eux. Sinon on coule.
...en tout petit, à la fin : il y a des barreaux où l'on se bat pour ne pas être bâtonnier.
...en tout petit, à la fin : il y a des barreaux où l'on se bat pour ne pas être bâtonnier.