mardi 30 novembre 2010

Fluctuat nec mergitur, bordel !


Les campagnes de flibustes pour prendre l’abordage du barreau parisien relèvent des plus féroces aventures corsaires. Les enjeux financiers sont colossaux, quand on sait le patrimoine et le budget du barreau de Paris. Les enjeux d’ego le sont également quand on sait avec qui les élus futurs fricoteront demain. Mais cela vaut t’il les coups reçus et cela mérite t’il les coups donnés. Et que je te mets à plat et sur la place l’organisation professionnelle de tel candidat et de ses associés, avec tout ce qu’il existe de demi-mots, de semi-vérités et de non-dits suffisamment dosés pour instiller les mauvaises pensées et éviter les bons procès devant la 17ème chambre. Et que je te raconte les relations clientélistes de tel autre candidat avec l’organisme indépendant chargé de recevoir le scrutin des 23.162 avocats parisiens. Les candidats encaissent, ils tanguent. Ils ne coulent pas. Quelle force, quelle envie ! Mais quels enjeux ? …et quel spectacle. Mais quoi ? Pourquoi cette énergie (cette haine ?) dépensée par ces six candidats au bâtonnat (il y en avait neuf, puis deux invalidés, puis un qui est tout seul alors il ne compte pas, évidemment) pour se mettre absolument au service des 23.156 autres ? Servir le barreau de Paris est évidemment un enjeu vital qui rend nécessaire de renier les principes qui gouvernent la profession d’avocat. Certes nous, les non-candidats, comme donzelle frémissant entre mâles dominants se disputant la coucherie, sommes heureux de susciter collectivement toutes ces attentions particulières, de recevoir toutes ces invitations à d’excellents cocktails (rhôôoo ouaiii il y en avait des bons !). Mais je suis pas naïf, je sais bien que ces adulations sont temporaires et, une fois le coup parti (le vote, pardon), je n’existerai plus. Se faire courtiser tous les deux ans, seulement, c’est pô riche ! I have a dream of un bâtonnier barrant le barreau mais qui continuerait à avoir envie de moi pendant tout son bâtonnat. Mais je sais aussi que le tout à l’ego lui fera oublier toutes les poubelles dans lesquelles il s’est roulé pendant la campagne pour attraper mon vote. Aura-t-il encore envie de moi, dès qu’il aura eu ce qu’il voulait. Dis donc, le candidat ! Si tu prends le bateau, tu prends les moussaillons qui sont dessus, et tu t’occupe d’eux. Sinon on coule.

...en tout petit, à la fin : il y a des barreaux où l'on se bat pour ne pas être bâtonnier.

samedi 27 novembre 2010

Edgar est vraiment mort

Mon ami (un ami, hein ! attention, il a de la famille, des enfants, tout ça) m’a dit : « mon pote, faut qu’tu blogues. Si tu blogues pas, c’est trop naze ». Alors pas de blague, blogons.
Et justement puisque je peux dire ce que je veux puisque je suis anonymous (pas comme Philippe qui écrit sous son vrai nom, même si je pense qu’en fait il n’existe pas vraiment, Philippe, tellement il arrive à écrire tous les deux jours des trucs pas possibles, trop dans tous les sens, trop sur tous les sujets, trop éclectique, trop partout, même à l’autre bout du monde, même quand il écrit des trucs que je suis pas d’accord avec lui, je finis quand même par être d’accord. Il doit être plusieurs, Philippe. Mais puisqu’on reparlera de lui, on n’en parle pas plus maintenant. On a le droit de parler des autres blogueurs sur un blog ? Même pour dire du bien ?)
Bon aujourd’hui, le tome 2 de La Malédiction des Trente Deniers est disponible dans toutes les bonnes librairies. Blake et Mortimer reprennent du service. Trop content, ouame. Mais ça me tiraille un peu quand même. Qu’est ce qui me chatouille ? Hein ? D’où me vient cette langueur étrange et monotone (petite déprime) qui me fait de la peine ?
Je me demande si je n’aurais pas aimé que ces deux héros meurent avec leur papa, le bon Edgar, et entrent au Panthéon des œuvres achevées. Ils y seraient tellement bien avec Tintin. Les Trois Formules du Professeur Sato, inachevées, à coté de Tintin et l’Alphart, inachevé, auraient pu laisser nos imaginations déborder.
Les onze tomes d’Edgar se retrouvent aux cotés des neuf tomes (et ce n’est sûrement pas fini) de Bob de Moor, Yves Sente, André Julliard, Jean van Hamme, Didier Convard, Ted Benoit. Ah oui, ça ils s’y sont mis à plusieurs pour continuer le travail d’Edgar. Un peu comme Philippe, on peut se demander s’il était vraiment vrai, Edgar, s’il avait vraiment le temps de faire tout ça, s’il n’était pas plusieurs, Edgar.
Attention, je ne conteste pas le talent des successeurs d’Edgar. Ils ont créé des personnages, des histoires et des univers Xtra. Ca me fait juste de la peine de voir les Blake et Mortimer nouveaux continuer à se battre sur les étagères des promos comme des grands crus se retrouvent, chaque année en novembre chez Nicolas, côtoyant le Beaujolais-qui-ravit-les-cœurs-et-les-âmes.
Tintin n’est plus dans la compèt. On ne compare pas le Secret de la Licorne avec les Secrets de La Mer Noire (Largo). Blake et Mortimer, eux, continuent à se tirer la bourre avec les Largo Winch, Trolls et autres Lanfeust de Troy et des Etoiles et d’ailleurs, Lady S, William Shelton (vous ne connaissez pas William ? pas grave).
Je me foutrais des claques en me regardant attendre dans la file à la Fnac de payer mon dernier Blake et Mortimer, tout content de l’avoir trouvé en même temps que quelques autres âneries que je vais parcourir et oublier immédiatement sous un canapé.
Oui d’accord, il y a les mille papas de Spirou, de Gaston, de Lucky Luke, le dernier papa d’Astérix (hop-hop-hop on ne critique pas ! Même si…). C’est trop bien qu’ils vivent encore, qu’ils soient intemporels, qu’ils ne prennent pas de ride et gningningnin. Il n’empêche que certains auteurs ont tellement de talent (Michel Alzeal, Le Pantin. Chef d’œuvre !) qu’il est bien préférable de les laisser s’épanouir dans un univers à créer, plus que les contraindre à se fondre dans celui créé par un autre.
Alors je pose la question : faut-il tuer les personnages de bédé (même Olrik n’est plus aussi méchaaaaant après qu’avant, pas drôle, quoi !) quand leur papa s’en va ?

vendredi 26 novembre 2010